rien ne m'échappe

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J'observe, tranquille mais vigilant

mardi 17 janvier 2017





              Opus 6 : Le Risque Alpha


          Quand les pièces du puzzle s’assemblent



L’opus 5 se termine en soulevant une question d’un très grand intérêt.
Qu’est-ce que la CIPR ne dit pas, et qui laisse, sous forme d’une imprécision subtile, une porte ouverte à une libre interprétation de la  méthodologie de l’approche du calcul de dose ?

Au regard des éléments développés jusqu’à présent, il apparaît, pour justifier de dispositions règlementaires, un certain nombre d’éléments techniques, plus ou moins discrètement occultés.
Il apparaît alors nécessaire, de poser un nouveau regard beaucoup plus objectif et critique sur la méthodologie relative à la mesure des émetteurs alpha, en se posant la question : Est-ce que ce qui est mesuré dans les analyses, correspond bien à l’interprétation qui en est faite ?
Cette question, m’est apparue évidente un beau jour en consultant une documentation technique sur la cinétique d’élimination du mode ingestion.
En feuilletant l’ouvrage, je trouve une petite annotation au crayon de papier qui a tout particulièrement attiré mon attention.
L’activité mesurée sur deux jours avait été divisée par deux pour la ramener à un jour. (En alpha la mesure dure 48 h).

Il m’est alors apparu évident que le principe de cette mesure et le pourquoi, échappaient totalement à l’auteur de cette annotation.
Cette erreur d’appréciation mérite d’être observée avec une grande attention, de manière critique. Non pas en culpabilisant l’auteur, mais en analysant le pourquoi de ce qui l’a induit en erreur, en gardant à l’esprit que celui-ci évolue dans un contexte général où principe de communication et activités médicales entretiennent des relations discrètes.

Lorsque l’on sort les choses de leur contexte et que l’interlocuteur est quelque peu démuni devant le flot d’informations, il est facile d’orienter un jugement en falsifiant un principe mathématique par une ambiguïté de texte, ce que les personnes averties appellent, favoriser une heuristique de jugement.
Nous sortons alors du domaine « scientifique » de la pratique médicale, pour entrer dans un autre domaine « scientifique » celui de la psychologie, et l’utilisation des biais cognitifs à des fins de « Com » pures et dures, dignes de publicitaires.
Les opus précédents témoignent que cette technique est très répandue dans le domaine du nucléaire, du médical, au point de s’être substituée au principe scientifique.

Exemple : Si j’effectue un comptage sur 48 h, alors la valeur du résultat sur 24 h est à diviser par 2.
Dit comme ça, cela semble apparaître logique, et pourtant.

Imaginez que vous êtes devant une balance de cuisine dont l’affichage a une précision de  +- 0.5g,
Si j’ai un morceau de sucre de 1 g, je le pose sur la balance. Instantanément la balance va afficher 1g.
Par contre si ce morceau de sucre est réduit en poudre et que je fais tomber tout doucement les grains en contrôlant le débit avec mes doigts, au bout de 30 secondes, si j’ai fait tomber 0.49g ma balance indiquera toujours 0 g.
Si j’exprime le résultat au bout de 30 secondes, celui-ci sera bien évidemment faux, il induit deux erreurs :
1) L’instant de la lecture, n’est pas adapté au débit.
2) La sensibilité de la balance n’est pas suffisante, pour dire qu’il y a quelque chose.

Si je continue, de verser sur ma balance celle-ci va finir par indiquer 1 g.

Dans le cas de mon exemple je visualise la manipulation, mais imaginons que nous ne connaissions pas la quantité de sucre et que nous ne pouvons, que visualiser l’affichage de la pesée, sans pouvoir visualiser la manière dont le sucre est versé.
Notre premier réflexe serait d’attendre assez longtemps pour que l’affichage se stabilise durablement.
Plus le temps de comptage sera augmenté, moins nous aurons d’incertitude sur le résultat.

Ainsi vous pourrez donner un résultat fiable, en vous affranchissant des deux erreurs induites par la spécificité de la mesure.
Mais encore faut-il prévenir votre interlocuteur, de la vraie nature de la mesure, car celle-ci peut être exprimée de deux manières différentes sous forme de masse.
Le technicien lui va vite se rendre compte, en pesant le sucre qu’il est devant une mesure de débit du fait de l’évolution constante de l’affichage sur la balance, donc il aura professionnellement, le réflexe d’exprimer le résultat dans l’unité qui correspond à la nature de la mesure de débit : 1g en 1 minute soit 0.166 g/s.

Si vous ne précisez pas ce à quoi correspond le chiffre que vous donnez, votre interlocuteur va l’interpréter comme un résultat correspondant à son attente ; lui ce qu’il veut savoir c’est la masse de sucre dont il peut disposer.
Il va associer la valeur de masse du débit, à la valeur de masse totale, et pensera qu’il n’a que 0.166 g de sucre, alors qu’en fait il y a 1 g.
Ce genre d’interprétation erronée arrive, bien souvent par défaut de communication entre les deux interlocuteurs, qui parlent bien du même sujet, mais l’abordent sous des angles différents, du fait de leurs intérêts spécifiques qui peuvent être très différents.
Néanmoins il ne faut pas négliger la possibilité que cette ambigüité d’interprétation soit intentionnellement provoquée.
Si vous remplacez le sucre par de la cocaïne, il va vous falloir être « Maître Renard » pour faire passer ça auprès de votre dealer, et éviter un scénario, règlement de comptes à OK Corral, si le sucre est simplement remplacé par des prélèvements obligatoires, il vous suffira juste de sortir de HEC ou l’ENA, faire quelques fausses promesses basées sur de faux sondages pour faire passer ça auprès du contribuable.
Dans cet exemple, il est facile d’identifier l’unité de mesure parce que l’unité change, des g et des g/s c’est assez explicite.


Mais qu’en est-il dans le monde de l’atome.

Pour la radioactivité c’est exactement la même chose, en fait nous mesurons un débit, c'est-à-dire des désintégrations par seconde.
Que je compte sur un jour ou sur deux jours, le résultat sera le même, la seule chose qui changera sera l’incertitude du résultat, qui sera meilleure le second jour.

Adhérer à l’idée proposée au départ « Si j’effectue un comptage sur 48 h, alors la valeur du résultat sur 24 h est à diviser par 2. » reviendrait à admettre, par inattention, compte tenu de la nature réelle de la mesure, la possibilité d’augmenter le temps de comptage à volonté, pour pouvoir s’affranchir d’une contamination gênante. Ainsi il serait possible de diviser autant de fois la contamination que l’on augmenterait le nombre de jour de comptage, ce qui relèverait de l’escroquerie.
Vous comprendrez mieux pourquoi, lorsque j’ai vu cette petite annotation, elle m’a tout particulièrement interpellé et il m’est apparu très important de préciser ce point, qui n’est pas un point de détail et qui nous fait rebondir sur une question qu’il ne faut jamais perdre de vue lorsque l’on parle de radioactivité, que mesure-t-on exactement ?!


Distinction des termes

Il faut bien distinguer deux choses lorsque l’on parle d’activité et de Bq.

L’activité d’une source ou d’un échantillon : C’est le nombre de désintégrations /s, dont l’unité est le Bq, ils sont émis par la source ou l’échantillon radioactif.          1 Bq = 1 désintégration /s       c’est une unité de débit.

L’activité totale : C’est le nombre de Bq émis sur un temps donné, cause d’un détriment radiologique à l’organisme, dans ce cas ce n’est pas un débit, c’est le nombre total de Bq à associer au détriment radiologique.

Attention : Dans l’exemple de la pesée du sucre que je donne ci-dessus les unités diffèrent (g et g/s), par contre lorsque l’on parle de nucléaire les unités ne changent pas, ce sont des Bq dans les deux cas.
Il n’y a pas de termes qui différencient les Bq (désintégration/s) des Bq (désintégration ayant causé un détriment radiologique), on ne parle pas du tout de la même chose, tout en continuant d’utiliser les mêmes termes.
Autant vous dire tout de suite que cette particularité propre au monde de l’atome est véritablement du pain bénit pour les acteurs spécialisés en communication médico-industrielle.



Comment le monde de l’atome s’y prend-il pour ne jamais trouver de contamination alpha compromettante ?


Pour aborder cette question nous allons revenir sur la DPUI (la dose par unité d’incorporation), en précisant la présentation succincte de l’opus 5 où je parlais de paramètres choisis par les médecins.
Ainsi vous pourrez mieux appréhender la géométrie variable de l’approche dosimétrique, et la facilité qu’elle peut offrir à l’orientation des résultats par des personnes qui nourrissent des intérêts médico-industriels.
L’ouvrage ayant contribué à cette approche est un produit du CEA : Guide pratique Radionucléides et radioprotection          D. Delacroix  J.P. Guerre P. Leblanc        EDP science.

Comment les facteurs des modes d’incorporation, ingestion (eg) ou inhalation (hg) sont-ils définis ?

La DPUI permet de convertir directement l’impact des Bq sur l’organisme en dose exprimée en Sv, ce qui permet de positionner la valeur mesurée dans un registre réglementaire.

Elle est déterminée ainsi.
Pour cette entrée en matière, je prendrai le mode d’incorporation par voie digestive, pour le Plutonium 238.

20 mSv : Limite règlementaire annuelle pour un travailleur du nucléaire.

AL20 : Activité incorporée conduisant à une dose efficace engagée égale à 20 mSv (AL20). Cette valeur est donnée dans la CIPR, et ce pour chaque radionucléide en fonction de chaque mode d’incorporation.
L’activité incorporée, c’est le nombre de Bq causant un détriment radiologique.
(Mais de quelle activité et Bq parle-t-on, de débit ou de Bq totaux ? Cela n’est pas précisé de manière formelle.)
Dans ce nombre de Bq, une fraction sera transférée à l’organisme, cette fraction contribuera à calculer la dose efficace engagée.
Le coefficient de transfert f1 est donné dans un tableau.
C'est-à-dire si j’ai ingéré 1 Bq et que mon coefficient de transfert f1 est de 0.02 (2%) alors la dose efficace engagée sera relative au transfert de 2 Bq*0.02= 0.04 Bq.

e (g) : Facteur de conversion, ingestion e(g), (h(g) inhalation).
Ce facteur e(g) Sv/Bq est un facteur numérique qui va s’appliquer au nombre total de Bq incorporés, il va permettre de convertir les Bq en SV.  
C’est un raccourci de calcul qui permet d’appréhender la dose efficace engagée sur une durée de 50 ans.

Le facteur e(g) est défini ainsi
20mSv / Al20 = e (g)

Ce qui induit : Activité incorporée (Bq) * e (g) ingestion = Dose efficace engagée (Sv)

Le mode ingestion

Ci-dessous un tableau reprenant les valeurs attribuées au Pu238 pour le mode ingestion.

Limite réglementaire 0.020 Sv            Activité incorporée Al20 ingestion 8.7E4    è    0.020 / 8.7E4 = 2.3E-7

Cette valeur s’applique au cas de figure le plus pénalisant et ce pour tous les radionucléides en mode ingestion.

Au contaminant est attribué deux paramètres :

1) Forme chimique du composé
2) Le coefficient de transfert : f1 qui caractérise le pourcentage de la fraction de contaminant transférée à l’organisme lors du transit intestinal.


Pu 238   Ingestion
f1
e(g)
Composé non spécifié
0.0005
2.3 E -7
Nitrates
0.0001
4.9 E -8
Oxydes insolubles
0.00001
8.8 E -9

Vous remarquerez que le choix de la forme chimique du composé, influence considérablement l’ordre de grandeur du facteur de transfert f1, et par voie de conséquence le facteur e(g), il y a un facteur 10 entre le facteur e(g) du composé non spécifié et la forme nitrate, et un facteur 100 avec les oxydes insolubles.
Cela signifie qu’une contamination qui normalement devrait être déclarée aux autorités peut facilement être minorée de 100 fois, juste en choisissant le facteur le moins pénalisant.
Ce choix est de la responsabilité des médecins, et à la vue de certains discours tenus, il y a tout lieu de s’inquiéter de la pertinence et le l’objectivité du choix des paramètres.


Le mode inhalation


Ci-dessous un tableau reprenant les valeurs attribuées au Pu238 pour le mode inhalation.

Limite réglementaire 0.020 Sv            Activité incorporée Al20inhalation 4.7E2    è    0.020 / 4.7E2 = 4.3E-5
Le facteur h(g) inhalation correspondant à la limité réglementaire de 20 mSv s’applique au composé le plus pénalisant.

A la différence du mode ingestion il n’y a pas de facteur de transfert.

Au contaminant est attribué trois paramètres :
1) Forme chimique du composé
2) La solubilité : R M L caractérisant la solubilité du composé.  R pour rapide, M pour moyen, et L pour lent.
3) Taille de la particule : µm


Pu 238      inhalation


h(g)

R
1µm


R
5µm

Composé non spécifié
M
1µm
4.3 E-5
Composé non spécifié
M
5µm
3.0 E-5
Oxydes insolubles
L
1µm
1.5 E-5
Oxydes insolubles
L
5µm
1.1 E-5

Les facteurs du mode inhalation h(g) montrent beaucoup moins de variabilité que le mode ingestion e(g).
Mais lorsque l’on compare la valeur numérique des facteurs entre les deux différents modes, l’ordre de grandeur varie de 100 à 10 000.
C'est-à-dire qu’une contamination pulmonaire de type composé non spécifié M 1µm, si elle est interprétée en contamination digestive à laquelle serait appliqué le paramètre d’oxydes insolubles, celle-ci devient 10 000 fois moins dangereuse.
Il parait que le mode d’incorporation prioritaire en CNPE, c’est le mode ingestion !!! On comprend mieux pourquoi.

Estimation de dose

Lorsque les médecins estiment la dose correspondante à la contamination, ils s’appuient sur le résultat des mesures que leur transmet le laboratoire.
En fonction de la date d’incorporation, par rapport à la date de prélèvement, la mesure donnée est réajustée, c'est-à-dire si la  mesure sur des selles de 24h, affiche un résultat de 1 mBq, mais que l’échantillon date de 5 j, l’activité prise en compte sera de 1 mBq x 5j donc 5 mBq.
Petit rappel, si la date de contamination n’est pas connue, la durée prise en compte sera la durée médiane entre la date de production des échantillons, entre les deux dernières analyses, soit pour une durée de un an, 365 / 2 = 182.5 j.
Le processus d’évaluation de l’activité incorporée est en fait un peu plus compliqué car il faut tenir compte des cinétiques d’élimination, mais cet aspect alourdit le sujet sans apporter véritablement d’éléments fondamentaux à sa compréhension, si ce n’est qu’il est bon de savoir, qu’il ne peut que majorer le résultat.

Pour chaque radionucléide contaminant identifié, le médecin va définir les paramètres spécifiques qu’il jugera pertinents d’attribuer aux conditions de la contamination en déterminant le mode d’incorporation, ingestion ou inhalation, et en lui attribuant les paramètres complémentaire spécifiques à chacun des modes.
Il multipliera la valeur d’activité par le facteur e(g) ou h(g) qu’il aura prédéfini et obtiendra ainsi la dose que l’on qualifiera d’engagée.

La dose engagée totale correspondra à la somme de toutes les doses engagées spécifiques à chaque radionucléide.
Les facteurs de pondération tissulaire, et radiologique, ne sont pas visibles lorsque le calcul de dose est réalisé en utilisant la DPUI, mais ils sont inclus dans le processus de calcul physique servant à déterminer les facteurs d’incorporation. Ils ont pour vocation de convertir le détriment localisé, au corps entier (la somme de tous les facteurs de pondération tissulaire est égale à 1, et 1 représente le corps entier).
Et ce pour tout type de radionucléide alpha mais aussi béta et gamma.
Exposition externe + Exposition interne = Dosimétrie donnée à l’employé

Pour l’estimation de dose dans les cas de contamination interne, il existe des logiciels qui permettent de configurer tous ces paramètres pour chaque radionucléide.
Le SPRA Service de Prévention des Armées en a développé un qui est très simple d’utilisation, ceci dit la consultation des tableaux du « guide pratique Radionucléide et radioprotection du CEA » sont très facilement exploitables, pour effectuer le calcul qui se résume, à une simple multiplication de la dose intégrée par le facteur du mode d’incorporation.

Activité totale et activité de l’échantillon

Lors de l’approche des facteurs d’incorporations, il a été dit :

AL20 : Activité incorporée conduisant à une dose efficace engagée égale à 20 mSv (AL20).
L’activité incorporée, c’est le nombre de Bq (causant un détriment radiologique).
Dans ce nombre total de Bq, une fraction sera transférée à l’organisme, cette fraction contribuera à calculer la dose efficace engagée.

L’ouvrage parle d’activité incorporée mais ne précise pas ce qu’elle représente exactement, et les termes activité et Bq, comme je l’ai expliqué précédemment, peuvent avoir deux sens qui sont très différents.
Parle-t-on d’activité (débit Bq) ou parle-t-on activité totale (nombre de Bq ayant causé détriment aux cellules).

Souvenez-vous, de la question posée dans l’opus 5 : Qu’est-ce que la CIPR ne dit pas, et qui laisse, sous forme d’une imprécision subtile, une porte ouverte à une libre interprétation de la  méthodologie de l’approche du calcul de dose.

Il y a un moyen très simple de vérifier si l’on parle d’activité exprimée en Bq (débit) ou de Bq (totaux).

Chaque radionucléide a une activité spécifique qui s’exprime en Bq/g, lorsque l’on mesure une activité l’on peut ainsi convertir celle-ci facilement en masse.
La masse est proportionnelle à l’activité. Le facteur f1 étant un pourcentage, celui-ci peut aussi bien s’appliquer à l’activité qu’à la masse.

Regardons alors les données sur l’uranium appauvri et comparons les résultats des deux approches Bq (débit) et Bq (totaux).

Al20ingestion U238 comme une activité (débit) 

Activité spécifique U238 : 1.25 E4 Bq/g

Avec cette approche, 20 mSv de dose engagée, correspond à une masse de 33.8 g d’U238

Al20ingestion 4.2 E5 / 1.25 E4 Bq/g d’U238 = 33.8g c’est absolument énorme comme résultat et cela pose question.

Appréhendons le calcul comme cela, et considérons que l’activité Al20ingestion est une activité où les Bq représentent un (débit).

Si l’on ingère 33.8g U238, en choisissant le facteur f1 de transfert de 0.2%, la portion transférée à  l’organisme serait de 33.8g * 0.002 = 0.0676 g      67.6 mg 

La norme biologique émise par la CIPR définissant un seuil de toxicité aigüe est de 3µg / g de rein, pour un adulte (le rein ≈ 150 g x 2 = 300 µg) soit au total ≈ 900 µg

Al20ingestion U238 67.6 mg > 900 µg de la limite réglementaire

Voilà un résultat qui pose un problème de taille, car cela impliquerait que la limite radiologique serait 75 fois supérieure à la limite toxicologique.
Cela signifierait que la norme CIPR permettrait de tolérer une dose potentiellement mortelle.
Difficile à croire !!!

Al20ingestion U238 comme une activité (Bq délivrés à l’organisme) 

Pour appréhender Al20ingestion (Bq totaux délivrés à l’organisme) sur des selles de 24 H, il faut tenir compte du temps d’exposition.
Les Bq sont des désintégrations/s donc pour avoir l’équivalent de 4.2 E5 Bq en 24 h (86400 s) je dois avoir incorporé une quantité de contaminant qui a une activité de 4.2 E5 Bq (totaux) / 86400 s = 4.861 Bq (débit)

A quelle masse correspond 4.861 Bq ?   4.861 / 1.25 E4 Bq/g d’U238 = 3.88 E-4 g      388 µg ce n’est plus du tout la même chose comparer au 33.8 g
Pour l’U238 le Coefficient de transfert f1 composé tétravalent (UO2, U3O8, UF4 ) : 0.002   
Sur ces 388 µg seuls 2 % sont transférés à l’organisme soit 0.000388 * 0.002 = 0.776 µg

La limite réglementaire d’uranium au niveau du rein « CIPR » est de 3µg par gramme de rein, un rein pèse en moyenne 150 g comme nous avons 2 reins cela représente 300 g.
300 g de reins * 3µg = 0.000 900 g          900 µg

Al20ingestion U238 0.776 µg < 900 µg limite réglementaire biologique pour l’Uranium, c’est tout à fait normal.

Ceci est la preuve mathématique, que l’activité incorporée correspond bien au nombre de Bq (totaux) donné par la valeur Al20

En procédant ainsi les valeurs CIPR radiologiques et toxicologiques sont cohérentes, donc notre problème est un problème de méthodologie et non pas un problème de normes.
Notre problème est que celle-ci n’est spécifiée, nulle part et ne peut s’obtenir que par déduction.
Elle est simplement due à l’ambigüité d’interprétation des termes « d’activités et Bq » qui ont des sens très différents suivant leur contexte d’utilisation, ils peuvent être très avantageusement détournés.
Si le descriptif précis de la méthodologie n’est pas décrit pour effectuer le calcul de dose, ce n’est pas un hasard.
Cette porte a été volontairement laissée ouverte, ce qui n’a pas échappé aux acteurs médico-industriels.
Ceux-ci ont sciemment, œuvré pour que la norme CIPR soit suffisamment imprécise et ne puisse trouver un raisonnement logique que par déduction.
Lorsque l’on regarde de plus près le langage utilisé pour justifier de la méthode, l’on se rend vite compte que les termes ont été tout particulièrement choisis pour induire en erreur les personnes, et favoriser des heuristiques de jugements, par un discours qui ne relève que d’un habile exercice de communication qui se substitue à l’approche scientifique.
Tout ceci ne peut être l’œuvre d’une seule personne, c’est tout un système qui a œuvré en ce sens.

Le fait est, l’approche dosimétrique, qui actuellement est en vigueur, est de considérer Al20 comme une activité (débit).

Jusqu’à présent, un certain nombre d’éléments ont été donnés tout au long des opus développés, ceux-ci vous apparaissent certainement disparates.
Néanmoins, la preuve mathématique de la prise en considération de l’activité incorporée en tant qu’activité impliquant des Bq totaux, va être la clé d’assemblage de cet incompréhensible puzzle, qu’offre le monde de l’atome aux néophytes du médical pour les maintenir dans l’ignorance.
Avant de parler des conséquences que cela induit, il est tout particulièrement intéressant d’aborder les éléments de langage dans leur réalité opérationnelle.

Que mesure-t-on réellement lors d’une analyse radiotoxicologique alpha ?

Attachons-nous à l’aspect technique de l’analyse.

Le patient fournit un échantillon de selles de 24 H.
Cet échantillon est réduit en cendre, celle-ci est pesée, puis mesurée en gamma.
Après mesure gamma, l’échantillon est minéralisé puis mis en solution en milieu acide, auquel est ajouté un traceur radioactif.
Un traceur radioactif est un radioélément que l’on pourra détecter en spectrométrie alpha au terme de la manipulation chimique, c’est un isotope proche des éléments artificiels que l’on recherche dans les analyses, mais que l’on ne peut pas trouver dans les installations nucléaires de base.
Le traceur, est fabriqué à partir d’une source mère d’activité connue exprimée en Bq (débit) qui sera diluée de manière à ce que son activité corresponde à peu près à l’activité naturelle usuellement trouvée dans le corps humain, comme dans le cas de l’uranium.
Donc l’activité précise de l’activité (Bq débit) est connue.
L’échantillon ensuite est passé sur différentes colonnes chromatographiques, afin d’en éliminer les éléments naturels présents et interférant, pour isoler uniquement les contaminants d’origine industrielle.
La chimie étant longue et complexe, le traceur va nous permettre d’estimer le rendement chimique, c'est-à-dire les pertes dues à la manipulation.
Comme la quantité de traceur d’origine est connue, le rendement chimique du traceur correspondra à son rapport entre la mesure effectuée au terme de la manipulation chimique et son activité d’origine.
La donnée d’activité d’origine du traceur étant paramétrée dans le logiciel de traitement de l’analyse, celui-ci l’appliquera automatiquement à la mesure effectuée afin que nous retrouvions bien notre activité d’origine.
L’échantillon étant mis en solution, les pertes des contaminants seront alors proportionnelles aux pertes du traceur, ainsi en appliquant le rendement chimique, il devient possible de retrouver l’activité d’origine du contaminant.

Chaque séparation spécifique de contaminant est déposée sur des filtres, les 3 filtres obtenus sont mesurés en spectrométrie alpha, pour la recherche du Plutonium, Américium, et Uranium quand celle-ci est demandée.
En spectrométrie alpha apparaîtra graphiquement le spectre du traceur et à coté les contaminants potentiels.

Au terme de la mesure, comme nous retrouvons bien l’activité du traceur, cela signifie que l’activité mesurée est bien une activité exprimée en Bq (débit).
D’ailleurs il suffit de regarder la formule de calcul.
Activité Bq = Surface du spectre / Rendement chimique × Rendement de chambre × Temps de comptage en seconde
Donc ce que l’on mesure c’est bien l’activité de l’échantillon avec une activité qui correspond à des Bq (débit, désintégration / seconde) puisque le temps de comptage entre dans la formule et est exprimé en seconde 172800 s soit 2 jours.
Attention !!! : Ce que l’on mesure c’est bien l’activité de l’échantillon ce sont des Bq qui correspondent à un débit de désintégration / Seconde.

Effet de Com

Le milieu médico-industriel présente la chose comme cela : Le résultat affiche des millièmes de Bq pour un temps de comptage de 48 heures, les valeurs de masses correspondantes sont de l’ordre du dix-milliardième de g voire plus.

Que comprend-on ? Si l’on ne précise pas exactement ce que l’on mesure.

Cette présentation, sans le dire vraiment, invite à ce que résonne dans la tête de l’auditeur : « Sur des selles de 24 h, compter deux jours pour ne trouver que quelques millionièmes de Bq, c’est vraiment couper les cheveux en quatre pour pas grand-chose. Le monde de l’atome met vraiment les gros moyens pour bien surveiller son personnel. »
Ce qui n’est pas sans faire sourire le personnel de centrale, beaucoup plus habitué au Giga Bq, Téra Bq.

Ce qui est important en com, c’est ce qui est cru et non ce qui est.
Nous vivons dans un monde de « com à outrance », où la population est conditionnée à associer une bonne communication, à la fiabilité et le sérieux de l’argumentaire technique.
La présentation des choses a un effet déterminant dans l’acceptation des choix de principes ou des produits de consommation.
D’ailleurs les jeunes générations qui se forment au commerce font « Force de vente à l’université », formule magique où en inversant juste deux mots l’on cache la réalité de ce qui est enseigné, et qui n’est en fait qu’apprendre les subtiles techniques pour imposer une vente de force, (La com visant à se substituer à la qualité du produit).

Réalité de la mesure en spectrométrie alpha.

Ce que tout ce petit monde oublie de dire : « Selles de 24 heures » c’est le nom de l’échantillon et non pas le temps que la particule est restée dans l’organisme.
Ce que l’on mesure n’est pas l’activité totale délivrée à l’organisme mais l’activité de l’échantillon hors de son contexte initial.
Si vous mesurez 1 mBq au terme de la spectrométrie alpha, et que la voie d’incorporation de la contamination est pulmonaire, cela signifie que la particule incorporée dans le poumon pendant son temps de présence a délivré : 1 mBq chaque seconde.
Le détriment biologique n’est pas de 1 mBq sur 24 h, mais de 1mBq x 86400 s = 86.4 Bq, et ce n’est plus du tout la même chose.
Pour une activité de 1 mBq :
86,4 Bq/j
2592 Bq/mois
31 536 Bq/an
315 360 Bq/10 ans
630 720 Bq/20 ans, vous avez alors droit à la médaille du travail.
1 261 440 Bq/40 ans de carrière, votre employeur ne manquera pas de vous souhaiter une bonne retraite.

Si l’on prend l’activité délivrée après 40 ans de carrière pour un contaminant comme le Plutonium 239  en mode inhalation cela fait 1 261 440 Bq x h(g) 4.7 E-5 =  59.28 Sv.
Regardez dans le tableau des effets des doses de l’opus 5 : Entre 50 et 80 Sv, coma dans les quelques secondes ou minutes, mort en quelques heures.
Une seule contamination suffit pour induire de tels effets, la durée de vie des alpha étant très longue, leur pouvoir d’émission radioactive à l’échelle humaine est constant.
Dans notre cas la contamination agira dans le temps, elle n’intervient pas en une fois, cependant il est difficile d’imaginer qu’elle ne soit pas sans graves conséquences, dans la durée.
Dans l’opus 3, lorsque le médecin parle de la fréquence de microcontamination sur le personnel, qui semble lui apparaître comme normale, l’on peut se poser la question du relativisme du fait.
Soit il est conscient de ce que cela implique et se fait le porte-parole du monde de l’atome et trahit ainsi son devoir d’indépendance.
Soit il ne maîtrise pas son sujet et est dupe de la méthodologie appliquée.
L’on peut aussi se poser la même question sur le fait qu’il n’y a que très rarement de doses déclarées auprès de l’IRSN, et que celle-ci ne réagisse pas aux résultats, ce qui laisse entendre que l’IRSN elle-même applique la même approche dosimétrique.

Des mesures en spectrométrie alpha de l’ordre de 1 mBq, il y en a.
Il y en a même beaucoup, lorsque l’alerte a été donnée par l’équipe du LAM concernant le site de Chooz, c’était de l’ordre de 30% du personnel ayant transmis des échantillons en 2013, et les valeurs dépassaient de loin le mBq.
Mais il n’y a pas que le site de Chooz qui soit dans ce cas.

Incohérence entre la précision de mesure demandée au LAM et la déclaration de dose

Quelle est à minima, la précision de mesure la mieux adaptée à ce que l’on veut mesurer, plaçons-nous alors dans les conditions les plus contraignantes.
Considérons le contaminant radiologique le Pu239,, le contaminant recherché le moins pénalisant en terme d’activité
2.3 E9 Bq/g, avec le facteur le moins pénalisant, donc mode ingestion e (g) 8.3 E -6 sur la plus longue période 180 j de contamination, pour arriver à 1mSv.
Al20 8E4 / 180 j = 444.4 Bq  considérant que c’est l’activité (débit) de l’échantillon pour 20mSv
444.4/20= 22.22 Bq considérant que c’est l’activité (débit) de l’échantillon pour 1 mSv
La limite de détection en spectrométrie alpha pour le Pu est de 0.5 mBq
La précision obtenue est 22.22/0.5= 45 fois plus importante que ce qui est nécessaire !!?
En vulgarisant cette approche, tout en gardant la proportionnalité de l’ordre de grandeur, cela revient à poser la question : Si vous avez une longueur minimum de 9 m à mesurer, vous viendrait-il à l’idée de vous munir d’un double décimètre ?
Quel intérêt une entreprise aurait-elle à investir dans du matériel qui ne soit pas en adéquation avec son activité !!! Aucun si ce n’est que d’avoir de l’argent à jeter par la fenêtre, les analyses ont un coût conséquent, plus la précision augmente plus les moyens  sont couteux.
En appliquant la mauvaise méthodologie, les moyens sont forcément disproportionnés.
Mais le monde de l’atome est gourmand, ce fait a été récupéré par le milieu médico-industriel et détourné de sa véritable raison, pour engager plusieurs tentatives de suppressions, des moyens de contrôles médicaux afin d’y substituer des moyens de détections industrielles, dont la qualité de la performance ne tient que par cette interprétation fallacieuse de la réalité des mesures.
Soucis d’optimisation de l’activité médicale en entreprise basée sur l’unique vue industrielle de la question, et les récentes nouvelles dispositions prises à cet égard dans la loi travail en dit long sur le sort réservé à la médecine du travail.
Il apparaît que les médecins du travail doivent y trouver grand intérêt, vu que nombre d’entre eux œuvrent ouvertement en ce sens.
Concernant les techniciens du laboratoire, eux, ont un peu le sentiment de faire des analyses qui au fond ne servent à rien, puisque le résultat de leur travail est détourné de son bien-fondé, ainsi ils n’ont d’autre choix que de se rendre complices de tout ce système, sous peine de sanctions ; ce qui n’est pas sans expliquer le turnover au sein du LAM.



Mais alors que font les médecins lorsqu’ils prennent l’activité débit à la place de l’activité totale ?

En fait, ils ne calculent pas le détriment radiologique mais le détriment toxicologique.
L’activité de l’échantillon permet de déterminer sa masse, suivre l’évolution de l’activité de l’échantillon en prenant cette valeur revient à suivre l’évolution de sa masse dans le temps.
1 mBq de Plutonium 239 pèse 4 E-13 g, cette masse change un peu lorsque l’on applique les cinétiques d’élimination, mais très peu, sa variation tient à sa solubilité dans l’organisme, mais elle ne permet pas d’appréhender le détriment radiologique puisqu’elle ne prend pas en compte le temps d’exposition.
La masse ne varie pas, mais le détriment radiologique lui continue, c’est pour cela que dans l’exemple de l’U238 il faut diviser l’activité totale Al20 par le temps d’exposition sur une journée, afin de trouver l’activité de l’échantillon pour en définir la masse incorporée.
Comme en spectrométrie alpha, l’activité mesurée est celle de l’échantillon, et non pas totale, l’activité correspond à sa masse.
Si vous voulez mesurer le détriment radiologique d’un contaminant à partir d’une mesure alpha sur 24 h, il vous faut obligatoirement multiplier la valeur mesurée par 86400 s pour obtenir le nombre de Bq totaux délivrés à l’organisme.
Si vous ne faites pas cela, le résultat ne correspond pas à ce que vous prétendez mesurer.

Mais cela, n’est écrit nulle part.

Les médecins, ne savent absolument pas ce qui est réellement mesuré au Laboratoire, et ils prennent pour argent comptant les résultats qui leurs sont communiqués, sans se poser de questions, leurs discours convenus témoignent d’un formatage bien rôdé, et d’une évidente incapacité à pouvoir exercer la pratique du médical au sein du monde de l’atome en toute indépendance.
Ce n’est pas étonnant alors de voir l’ingérence de la Direction d’EDF dans les affaires médicales du Laboratoire, qui ne peut se permettre de voir quelqu’un s’opposer à cette méthode scientifiquement malhonnête et qui dure depuis des lustres.
C’est aussi pour cela qu’il existe un tel cloisonnement entre les médecins du travail et le laboratoire.
C’est aussi pour cela que la chargée d’état-major d’EDF, ancienne Directrice du Laboratoire d’analyses médicales d’EDF est chargée de faire l’interface entre le laboratoire et les médecins.
C’est aussi pour cela, lorsque le technicien du LAM a posé la question de l’U238 à des médecins de CNPE, n’a pas obtenu de réponse.
C’est aussi pour cela que la Chargée d’état-major s’est empressée de faire supprimer l’analyse d’Uranium qui invite à se poser beaucoup trop de questions.
C’est aussi pour cela que le technicien s’est vu recommandé de ne pas oublier qu’il était agent EDF, et qu’il serait mieux pour lui de comprendre que certaines questions, n’ont pas droit de cité, au sein de l’entreprise.

L’on peut vulgariser la situation ainsi.

Imaginez que vous avez 5 choux (effet radiologique) et 5 carottes (effet toxicologique), si l’on vous pose la question « Qu’est-ce que tu as là ? », vous allez répondre « potentiellement 10 légumes à éplucher pour faire une soupe».
Alors là, sort le grand chef cuisinier avec sa belle toque blanche et sa tenue arborant un beau liseret  bleu blanc rouge, tableau qui, au demeurant, invite à faire déférence au maître et accepter sans condition sa bonne parole.
« Ah non Monsieur, vous n’avez pas 10 légumes, non, vous n’avez que 5 chourottes, (radiotoxicologie) »
Vu comme ça, ça fait tout de suite moins de légumes à éplucher. Eh bien-là c’est exactement ce qu’il se passe. On favorise toujours l’approche la moins pénalisante pour justifier de la méthode (toxicologique lorsque le risque est radiologique et inversement dans le cas contraire), commercialement c’est plus présentable bien qu’opérationnellement se soit totalement faux. (Sauf que dans notre cas la dose est minorée de 86400 fois)
Nous sommes à des années-lumière de tout raisonnement scientifique et médical, nous sommes uniquement dans, de la « Com » visant à dédouaner l’entreprise de ses responsabilités.

La question que soulève l’étude canadienne est la clé de la boîte de Pandore, elle est l’élément déclencheur qui conduit à lever le voile de la méthodologie utilisée pour donner une fausse réalité de l’impact sur la santé des populations exposées.

Ceci répond aussi à la question, pourquoi le sujet des alpha est-il tabou dans le monde de l’atome. Si l’on en parle très peu, c’est pour cette raison : C’est en passant par l’étude des Alpha que l’on peut plus facilement mettre en évidence la méthodologie appliquée au calcul de dose et ceci ouvre alors à une nouvelle question.

Cette méthodologie étant appliquée aux alpha, ne serait-elle pas aussi appliquée aux Gamma ?  …….