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J'observe, tranquille mais vigilant

mardi 13 juin 2017

Démocratie bananière






Démocratie bananière

Beaucoup s’émeuvent du résultat écrasant du mouvement politique, En Marche, qui va s’octroyer une écrasante majorité à l’Assemblée Nationale, et ne comprennent pas le processus par lequel nous arrivons à une pitrerie, qui ressemble beaucoup plus au résultat d’une élection de  pays Africain, où la France, économiquement omniprésente y perpétue l’esprit colonial sous forme dérivée de prétendue démocratie.
Cette élection législative 2017, se caractérise par une abstention record, et celle-ci met en évidence une non- représentativité de l’ensemble de la population au profit d’un parti ultra majoritaire dans les institutions et fortement minoritaire, vis-à-vis de la population. « Ce qui est le propre des régimes totalitaires ».

Comment cela est-ce possible, dans un pays qui se dit démocratique où, les élus sont censés représenter le peuple ?
Il est alors fort utile de regarder les règles du scrutin pour comprendre le processus qui l’autorise. Dès lors, il devient beaucoup plus facile de comprendre que le mot démocratie, nous est suggéré comme un simple argument de vente électorale, ce qui n’est pas sans susciter une grande confusion intellectuelle auprès des électeurs, beaucoup plus enclins à prioriser la structure de l’institution républicaine qu’à l’esprit qui est censé l’animer. Ce qui est en soi, un non-sens, puisque la raison d’être de la République est l’application du respect de l’esprit démocratique, et non pas le contraire.
Lorsque l’on inverse ces valeurs, alors nous nous ouvrons à l’aménagement de dispositions institutionnelles qui sont d’une grande dangerosité et qui nous conduisent tout droit vers une sorte de régime autoritaire, dont la projection totalitaire est sans doute beaucoup plus proche que vous n’oseriez l’imaginer.


Les règles du scrutin.

Source wikipédia
Celui-ci prescrit un scrutin uninominal majoritaire à deux tours : un député est élu dans chacune des 577 circonscriptions législatives. Chaque électeur dispose d'une voix : au premier tour de scrutin, un candidat doit pour être élu recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés représentant au moins 25 % des électeurs inscrits. Si aucun candidat n'est élu, un second tour a lieu et il est organisé comme suit ː
  • se présentent les candidats ayant obtenu un nombre de suffrages égal à au moins 12,5 % des électeurs inscrits s'il y a plusieurs de tels candidats ;
  • sinon, si un seul candidat ou aucun candidat ne remplit cette condition, se présentent les deux candidats ayant obtenu le plus de voix au premier tour.
Au second tour, le candidat obtenant le plus de suffrages exprimés est élu, même s'il ne s'agit pas de la majorité absolue. En cas d'égalité, le candidat le plus âgé est élu.

A quelle réalité nous ouvrent les règles de ce scrutin ? 

Sur 100%, c’est à dire l’ensemble des inscrits, 12.5%, ne représentent qu’un électeur sur huit.
En termes de représentativité, cela n’est vraiment pas significatif, néanmoins, ce minima pour pouvoir se présenter au second tour, permet d’éliminer les candidats qui n’auraient pas atteint ce que l’on se doit de considérer comme étant le seuil de légitimité.

Néanmoins, lorsqu’aucun des candidats n’atteint ce score, la règle stipule que ce sont les deux candidats qui ont le plus de voix qui sont qualifiés au second tour.

Lorsque l’on définit un modèle théorique, il est essentiel que celui-ci permette d’obtenir un résultat qui soit représentatif et d’une réalité vérifiable.
En science toute mesure, (et le scrutin en est une) est soumise à un certain nombre de variables. La pertinence d’un modèle repose avant tout dans sa capacité à pouvoir les intégrer, de manière à obtenir un résultat qui ne soit pas pollué de valeurs aberrantes qui en fausseraient ou dénatureraient l’interprétation.
Pour ce faire, les modèles théoriques sont éprouvés, soumis à des conditions des variables extrêmes, de manière à en déterminer l’acceptabilité de leur registre d’exploitation.

Considérons alors notre mode de scrutin, et poussons-le à son extrémité à partir des règles qui le définissent.

1er tour

Considérons que l’ensemble des membres affiliés aux différents partis politiques soit de 12.5%.
Imaginons que la population s’abstienne massivement et que 100% - 12.5% soit 87.5 % refusent de voter pour des candidats qu’ils ne veulent pas.
Donc seuls les gens des partis votent pour leurs candidats.
Les deux candidats arrivant en tête obtiennent, 25% des suffrages soit 3.125 % des inscrits, le second 20 % soit 2.5 % des inscrits. Comme aucun candidat n’a obtenu 12.5% tous les autres candidats sont éliminés pour le second tour.

Ce résultat nous ouvre à une question : Des candidats qui ne représentent que 2,5 et 3.125 % de la population sont- ils représentatifs de son expression ?
D’après les règles du scrutin cela est tout à fait acceptable car aucune clause des règles ne vise à encadrer ce cas de figure afin de contrevenir à ce que le processus électoral continue en l’état.

La légitimité des deux candidats n’a de valeur que sur le choix des votants, l’impact du nombre d’inscrits disparaît, lorsque le taux d’abstention est trop élevé. Cela signifie, si aucun candidat  se présentant, n’a d’autre intérêt que de défendre des intérêts particuliers, il peut le faire en toute quiétude, car il n’est pas accordé à la population le droit de pouvoir répudier les candidats, par la non-obtention d’un seuil d’acceptabilité de représentativité. La règle l’autorise !!!
Cette lacune que nos élus se sont gentiment aménagée au cours du temps, est tout particulièrement grave, car elle encourage et permet des stratégies de division de la population, sur lesquelles les candidats «minoritaires » fondent leur élection, la dernière présidentielle Française de 2017 est un modèle du genre de coup d’état « d’une certaine société d’élites qui se dit civile ».
Si la règle imposait un seuil obligatoire de représentativité, l’abstention, deviendrait alors une forme d’expression du peuple, car cela lui offrirait la possibilité, par son refus de cautionner un choix imposé, un moyen de levier pour éliminer les candidats indésirables. Ce qui signifie, certains partis politiques type FN, aiguillon à inciter la population à cautionner les candidats imposés, deviendrait quasiment inexistant. Mais les partis ont besoin du FN, car c’est lui qui permet de donner un semblant de légitimité à leurs élus. Dès que le FN va au-delà de ce qui lui est autorisé et devient potentiellement dangereux, il y a toujours une grosse bourde de dernière minute à la Jean Marie Le Pen, une histoire de famille, un débat volontairement bâclé pour le faire redescendre dans les sondages, et le décrédibiliser, c’est systématique. Le FN est une invention des partis traditionnalistes, il est là pour faire office de fausse opposition, c’est un organe utile de ce système qui ne doit son existence que grâce à cette lacune règlementaire volontaire. Vous remarquerez, lorsque le FN volontairement se sabre pour être hors-jeu, que se passe-t-il ? L’abstention explose !!!
Mais comme l’abstention n’est pas prise en compte, les partis très minoritaires y trouvent grand avantage pour imposer leurs candidats (qui malgré de fausses apparences ont des programmes identiques, EM ou LR, où est la différence ?)
Faute d’électeurs potentiels pour assurer leur élection, mais étant majoritairement minoritaires, pour parer au phénomène de l’abstention, il est alors très utile d’avoir une multiplication des candidats pour affaiblir l’adversité et obtenir au final une option, où les deux candidats défendent en fait des mêmes positions de fond.
Toute cette stratégie repose dès lors sur l’abstention (exclusion autorisée par la règle, d’une partie de la population du mode de scrutin) qu’ils utilisent à leur avantage.
Moralité, la population est alors contrainte d’élire un des deux candidats imposés, il suffit au prétendant pour être élu d’obtenir les voix de son propre parti (cette forme d’auto-proclamation dissimulée sous couvert d’élection est possible).
C’est une voie sans issue, en fait vous avez le choix de ne pas en avoir.
Néanmoins la population peut choisir de refuser de cautionner les candidatures en s’abstenant, mais comme l’abstention n’est pas prise en compte dans le mode de scrutin cela ne sert à rien, enfin en apparence, parce que cela soulève le problème de fond qu’est la représentativité, et plus l’abstention est forte plus cela met en évidence ce système fallacieux, qui se confond entre moralité de la représentativité et la légalité du principe.
Il est tout de même étonnant, alors qu’EM parle de moralisation de la vie publique, qu’il soit si peu enclin à aborder ce problème majeur qui est une atteinte pure et simple à l’esprit démocratique qui est censé être le moteur de la République et qui conditionne tout le reste.
Il est encore plus étonnant qu’aucun des candidats à la dernière présidentielle, n’ait évoqué ce sujet ?!!!
Ce système n’oblige aucunement nos élus à avoir une obligation de résultat sur l’ensemble de la population, il leur suffit de chouchouter uniquement ceux qui défendent les mêmes intérêts que les leurs.
C’est ce système qui a permis à la longue l’instauration d’une véritable oligarchie sur notre territoire.

Pour la présidentielle aucun seuil de représentativité n’était évoqué dans les règles du scrutin !!! Un seuil imposé minimal de représentativité égal à 51% des inscrits pour une présidentielle, ce qui est très loin de pouvoir dégager un consensus national, mais est un minimum pour qui se revendique d’être le représentant d’une démocratie, aurait dégagé l’option d’une abstention d’opposition et  aurait très certainement changé le résultat, les candidats risquant d’être tous deux répudiés. Avec une telle mesure il est évident que la stratégie électoraliste dévastatrice mise en place par les élus, qui se sont bien donnés la main sur ce coup-la, n’aurait jamais pu exister. (Aux USA il en aurait été de même, et le duel Trump-Clinton n’aurait certainement jamais existé).

Second tour

Au second tour, participe les mêmes votants qu’au 1er tour, mais l’abstention est encore plus massive car les électeurs des autres candidats ne se déplacent pas pour voter, le taux d’abstention est alors de 94.375 %
Le candidat est élu avec 51% des voix, soit grosso modo 3 % des inscrits.
Là encore pas d’objection d’un point de vue règlementaire, le nombre d’inscrits n’entrant pas en ligne de compte dans l’expression du résultat, le candidat est légalement élu. Est-il  légitime ? (la règle s’en moque)

La République en sort avec un grand R, la démocratie quant à elle se voit reléguée au rayon des souvenir des temps passés.

Conclusion

Dès que l’on pousse la projection du modèle théorique de ce scrutin, il apparaît des résultats qui dans l’esprit démocratique sont totalement inacceptables.
Ce qui est encore plus inacceptable, c’est qu’aucun candidat d’aucun parti, ne pose le doigt sur cette question fondamentale de la représentativité morale et légale qu’entraînent les règles définissant ce scrutin.
On ne peut pas avoir un système démocratique lorsque les règles de scrutin qui permettent l’élection d’élus ne le sont pas.
La démocratie commence-là, et en France elle s’arrête aussi-là.
Plus les gens s’abstiennent, moins ils cautionnent ce genre de méthode, et cela met en évidence le vrai problème.
La presse peut dire ce qu’elle veut, encenser jusqu’à la déraison une élite qui la finance, le score de l’abstention a atteint un record historique et cela risque d’empirer au second tour.
Qu’on se le dise, le premier parti de France est l’abstention, devenu l’ultime acte de résistance encore possible, pour dénoncer l’immoralité d’une légalité qui ne profite qu’à quelques privilégiés impatients de gagner cette guerre qu’ils ont déclenchée entre République et Démocratie (dont l’esprit dessert leurs intérêts personnels).
On ne peut pas aimer la Démocratie lorsque l’on hait le peuple.

Ne vous attendez pas à ce que nos chers élus, se penchent sur cette question, ils n’y ont aucun intérêt.
Par contre, une abstention colossale, leur mettrait le nez dans leur merde, et là ils ne pourraient plus occulter ce problème fondamental.
L’abstention est l’ultime acte civique, qui peut vous permettre de restaurer la démocratie.
Vous n’avez pas le devoir de voter pour avoir droit à la démocratie, mais vous avez le droit de vous abstenir par devoir démocratique. N’inversez pas les valeurs !!!

A bon entendeur, salut.